Affichage des articles dont le libellé est Suisse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Suisse. Afficher tous les articles

jeudi 19 avril 2012

Liberté d'informer

Ça y est Sarkozy s’y met.

Emboîtant le pas à quelques éditorialistes horrifiés que la Suisse ou la Belgique n’applique pas la loi française, déjà Libération fait le calcul qu’il est rentable d’engranger des visiteurs sur son site quitte à payer une amende de 75.000 . À son tour, Nicolas Sarkozy s’est déclaré favorable sur Europe 1 à ce que l'estimation des résultats des élections puisse être donnée à 18h30.



L'argument imparable de la modernité a toujours été d'une bêtise abyssale, la mode étant faite pour se démoder.

À se demander pourquoi, depuis peu, la loi fait voter les circonscriptions d’Amérique dès le samedi (ce que Sarkozy feint ici d'ignorer, alors que c'était en place pour la première fois lors de son élection en 2007).

Qu’un libéral puisse défendre une telle idée montre une fois encore combien, en réalité, son idéologie tient plus du gloubiboulga plutôt que d’un ensemble cohérent.

L’un des prérequis de la théorie libérale est l’égalité face à l’information, c’est ce qui justifie l’existence, en matière économique, du délit d’initié.

Aussi si tous pouvaient avoir une heure et demi avant la fin du scrutin des informations de tendance, rien, de ce point de vue, à redire. Mais pourquoi quelques urbains et habitants de région parisienne ont-ils le loisir de décider de leur vote après avoir pris connaissance de celui de leurs concitoyens ?

Reconnaissons à Eva Joly d’avoir défendu ce principe.


D’ailleurs, ce problème ne se pose pas qu’aux élections. Que Nicolas Sarkozy ait abusé de sondage ces dernières années pour  prendre des positions électoralistes à partir de tel ou tel segment de la population est un problème en soi. Surtout quand il fait fuiter dans le Figaro les résultats qui le servent.

Pourquoi le résultat de toute enquête politique n’est-il pas public ? Ne sommes-nous pas les premiers concernés ?

Quant à la question des sondages sortie des urnes, on pourrait très bien sanctionner plutôt l’institut-dealer, ou même interdire la tenue de tels sondages avant 19h30.

mercredi 18 avril 2012

L'opinion des sondages

un bug incompréhensible fait apparaître des rectangles sur le fil du blog : reportez vous au message lui-même pour le voir correctement.

Quelques considérations sur les sondages, leurs variations et leur influence.

Voici la compilation des sondages concernant Le Pen sur le site du Nouvel Obs ce jour :


Inutile de commenter beaucoup, ça sent le doigt mouillé...

Le 7 février, BVA la donne à 16%, l'IFOP à 20.
Le 15, BVA envisage 15%, quand Harris pronostique 20.
Le 22 mars, BVA est à 13%, quand l'IFOP dit 17,5.
Le 4 avril, le CSA parierait pour 13%, mais pour Harris, c'est plutôt 16.

Bref, 3 à 5 points d'écart pour la même journée.
Quand la marge d'erreur est évaluée en général à moins de 3%, c'est vraiment pas de chance !

Notons aussi que certains instituts sont systématiquement au plus bas (LH2 et BVA), quand d'autres sont systématiquement au plus haut (Harris et IFOP).

L’inexactitude concernant l’évaluation du score de l’extrême droite n’est pas nouveau. En 2002, Le Pen était sous-évalué, en 2007, il était sur-évalué. Une étude sérieuse, après avoir analysé les sondages des scrutins présidentiels précédents, concluait : "Quels que soient les indicateurs utilisés, une seule conclusion peut être tirée de l’analyse des sondages électoraux de l’élection présidentielle de 2007 en France. Il n’y a pas d’amélioration notable dans l’estimation des principaux candidats par rapport à 2002 ; par contre, contrairement à 2002, la répartition droite-gauche est très bien estimée. Par ailleurs, l’estimation du vote Le Pen demeure le talon d’Achille des instituts français. Il y a peu d’indices de changements majeurs dans les méthodes utilisées, les échantillons sous estimant toujours fortement le vote Le Pen déclaré. Par contre, il y a une moins grande homogénéité dans les estimations des sondeurs"

Bah, semble-t-il rien de neuf cette année.

Oui mais la tendance ? La tendance est, elle au moins, juste et concordante.
Quoique.

Prenons l'exemple du vote Mélenchon :



Le grand écart ne se fait entre le 10 avril et aujourd'hui et là, les tendances sont contradictoires, stagnation autour de 14%, hausse à 17 ou baisse à 12.

Avant, cependant, une belle coordination. Toujours des optimistes (CSA, Sofres) et des pessimistes (Opinion way), mais dans un bel élan groupé.

Même si il semble aussi séduire un électorat plus éduqué, Mélenchon subit le même biais, et les candidats communistes avant lui, que Le Pen. L'article de la canadienne Claire Durant auparavant cité notait : "pour les trois instituts pour lesquels nous avons obtenu les informations, la structure de l’échantillon montre qu’il existe une très forte sous représentation des personnes moins scolarisées."



Mais par contre, j'ai un souvenir. Le tournant très remarquable dans les intentions de vote pour Mélenchon date du 7 mars 2012, quand toute la presse a repris l'information du jour : un sondage CSA le donnait à 10%. Libérés, encouragés, dynamisés, je ne sais ce qu'ont ressenti les sondés, mais alors qu'avant la progression se fait point par point, elle explose ensuite.

Les sondages ont donc au moins une opinion. Une opinion qui compte.
D'ailleurs, certains ne s'y sont pas trompés.

Dessin de Pétillon paru dans le Canard enchaîné le 18 avril 2002