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lundi 21 mai 2012

À gauche, toutes !

Voilà au moins vingt ans que l’on entend sur toutes les ondes le constat de décès des communistes. Le moins qu’on ne puisse dire, c’est que le cadavre bouge encore.

Le Parti communiste français s’il est incontestablement bien moins puissant aujourd’hui que du temps des trente glorieuses, conserve de bons scores dans les mairies, conseils généraux, à l’Assemblée nationale, au Sénat et ce, contrairement au Front national qui n’a au mieux que dirigé quelques mairies temporairement et avec le succès que l’on sait (le scrutin proportionnel de 1986 leur a aussi donné un groupe parlementaire jusqu’en 1988).  Raison pour laquelle le Front national a tant de mal (officiellement) a recueillir ses 500 signatures de parrainage à l'élection présidentielle.

Les Radicaux de gauche aussi me direz-vous ont une bonne représentation locale. Mais à la différence du PRG, la plupart du temps le PCF présente des candidats contre les socialistes ou leurs alliés. Leur survie est donc autonome et leur déclin d’ailleurs grandement lié à leur satellisation dans les gouvernements d’union de la gauche, y compris celui du tournant de la rigueur de 1983.

Cette dernière élection présidentielle de 2012 est la première depuis 1974 à ne pas voir de candidat du PCF se présenter. A l’époque le Programme commun avait décidé de présenter comme unique candidat François Mitterrand ce qui fait de ce scrutin un cas à part. Mais à la gauche du Parti socialiste les tendances ont toujours été multiples (les chiffres sont disponibles sur le site de france-politique) :

 
Résultats à la gauche du PS depuis 1974

Les variétés de communistes comptent de rares dissidents comme l’ex-stalinien devenu rénovateur, Pierre Juquin dont l’échec en 1988 (1,7% des inscrits) enterra les ambitions. Surtout, comptés à l’extrême gauche parce que préférant le grand soir à la participation à un gouvernement bourgeois, les frères ennemis trotskistes n’en finissent pas d’étaler leur divisions.

Longtemps Arlette Laguiller, auréolée d’un combat syndical dur en 1974 dans le secteur bancaire, a été la plus visible de ses représentants. Lutte ouvrière, grâce à elle a fait une percée remarquée en 1995 et 2002 en rassemblant 4% des inscrits. C’est le seul mouvement trotskiste à présenter sans discontinuer des candidats depuis 1974. Traditionnellement son intransigeance amène le refus d’appeler à voter pour le candidat de gauche le mieux placé, et a fortiori quand il s’agit d’un candidat de droite : le second tour Jacques Chirac / Jean-Marie Le Pen en 2002 a été pour beaucoup dans la prise de conscience de son électorat d’une adhésion de Lutte ouvrière à la politique du pire, sensée créer les conditions d’une révolution. Nathalie Arthaud continue dans la ligne.

C’est suite à cette erreur politique que prend essor la Ligue communiste révolutionnaire, qui, revenue de l’humiliation d’Alain Krivine en 1974  (0,31% des inscrits) reprend des couleurs avec le très médiatique et habile Olivier Besancenot près de 30 ans plus tard. 2002 voit les orphelins de la gauche se disperser au mot d’ordre de Lionel Jospin, lui même ancien trotskiste lambertiste : « mon programme n’est pas socialiste ». C’est donc en toute logique que la gauche non gouvernementale remporte alors son plus beau succès : plus de 7% des inscrits. Besancenot se remplume encore la fois suivante et devient le premier représentant de la gauche de la gauche avec 3,4% des inscrits. Voulant transformer l’essai, la LCR cherche à fédérer l’ensemble de cette mouvance en créant le Nouveau Parti anti-capitaliste. Les divisions picrocholines reprennent le dessus après la polémique sur la présentation d’une femme voilée aux élections et Besancenot achève l’élan en refusant de se présenter en 2012, cédant la place au premier au concours de circonstance : Philippe Poutou. S’il conserve la première place à l’extrême gauche, il n’atteint pas  1% et tout semble à refaire.

Un mot sur les plus anecdotiques de la mouvance trotskiste. Des lambertistes de l’Organisation communiste internationale se présentent de temps à autre sous des noms divers (MPPT, PT, CNRD). Ils sont bien meilleurs dans l’entrisme qu’aux élections présidentielles où leurs candidats (Pierre Boussel dit Pierre Lambert, Daniel Gluckstein, Gérard  Schivardi) ne décolle pas de 0,3% des inscrits.

Une mention aussi pour la gauche du PS qui avant Jean-Luc Mélenchon ne se fait pas vraiment remarquer : le Parti socialiste unifié représenté par Huguette Bouchardeau en 1981 (0,9%) et l’électron libre José Bové en 2007 (1,1%).

Restent donc les communistes partis en 1981 avec 12,2% des inscrits autour de Georges Marchais, ils en perdent la moitié après leur première expérience gouvernementale de la Ve République : 5,4% en 1988, 6,6% en 1995. Nouvelle participation au gouvernement et nouvelle chute de moitié : 2,9% en 2002 et 3,4% en 2007. Surtout, lors de ces deux scrutins, ils se font distancés par les candidats trotskistes : voilà le sang de Léon Trotski vengé dans les urnes ! Le PCF pâtit aussi bien sûr de la chute du mur de Berlin (1989) et de la dissolution de l’URSS (1991), l’espérance communiste y a perdu ses ailes internationales.
Leur ancien candidat (1995 et 2002) et Secrétaire général Robert Hue finit même par quitter le Parti et en vient à soutenir la candidature de François Hollande en 2012 dès le premier tour. C’est le bouillon de minuit.

Survient alors l’étonnant pari de Jean-Luc Mélenchon, ancien lambertiste lui aussi. Quittant le PS au cours du tragicomique Congrès de Reims en 2008, il décide de représenter l’aile gauche de celui-ci à l’extérieur du PS en créant le Parti de gauche. Réussissant à convaincre le PCF de ne pas prendre le risque d’un nouvel échec aux présidentielles, il réussit à s’en faire adouber en l’échange d’une surreprésentation du PCF aux législatives. La coalition qui prend le nom de Front de gauche agrège quelques autres petites formations et réussi là où le Nouveau Parti anti-capitaliste a échoué. Un temps donné dans les sondages à 17-18% des votants, il parvient à plus de 11%, mais seulement à 8,7% des inscrits. Il écrase tous ses compétiteurs de gauche, mais la gauche du PS reste dans l’étiage moyen qui est le sien depuis 1988, aux environ de 10% des inscrits. L’effet « vote utile » très fort à gauche depuis le traumatisme de 2002 ne lui a pas permis d’atteindre ses espérances. Pour l’instant, et l’avenir dira comment évolueront les choses, le vainqueur de l’expérience semble être le PCF qui ne devrait pas avoir trop de mal à préserver son groupe parlementaire à l’issue des législatives à venir. Je serais en tout cas surpris de leur participation au gouvernement.

vendredi 27 avril 2012

Le ventre fécond

Voici les résultats de l’extrême droite en France depuis qu’existe l’élection présidentielle au suffrage universel.
Les chiffres proviennent pour l’essentiel de la documentation française et pour les données manquantes du site France politique (1974) et du ministère de l’Intérieur (2012).


Les Le Pen, père et fille, ne sont plus à présenter. L’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour était un proche de l’Algérie française, encore fraîche lors de l’élection de 1965, ce qui explique largement son bon score. Bertrand Renouvin était royaliste, Philippe de Villiers, traditionaliste catholique et Bruno Mégret sécessionniste du Front national.

En 1969 et en 1981, l’extrême droite n’a pas eu de candidat. Lors de ce dernier scrutin, la hausse à 500 du nombre de parrainage, doublé de la ruse de Jacques Chirac qui provoque le désistement de dernière minute de 200 soutiens (ce qui explique certainement les antagonismes irréconciliables des deux hommes), empêchent Jean-Marie Le Pen de se présenter.

A première vue depuis 1988, les suffrages d’extrême droite (entre 4,3 et 6,4 millions) et le pourcentage des inscrits (entre 10,5 et 15) connaissent des oscillations modérées et sans tendance générale.

Concentrons-nous sur les seuls candidats du Front national :


Là par contre la tendance est constamment à la hausse, à l’exception de 2007. Le labourage des thèmes de l’extrême droite par le candidat Sarkozy n’a été qu’un siphonage conjoncturel de ses suffrages à la fois en valeur absolue (-1,7 millions) et plus encore en pourcentage des inscrits (- 5 points) à mettre en lien avec une participation beaucoup plus forte. Ça n’a donc bien été qu’un effet d’optique de baisse dans le succès continu des candidats du Front national.

Nul « effet Marine Le Pen » sensible, la progression reprend au même rythme en 2012. Quand il n'a pas de concurrence, leur candidat gagne de 1988 au deuxième tour de 2002, 1.150.000 voix, puis de 2002 à 2012, 900.000 voix : 82.000 voix par an dans la première periode, 90.000 dans la seconde. Cette apparente hausse ne tient pas compte de l'élargissement du corps électoral. En pourcentage des inscrits, de 1988 à 2002, on voit une progression de 0,14/an et dans la seconde, 0,05.

La nouveauté est probablement que les discours ambigus réitérés par Nicolas Sarkozy brouillent la frontière entre les deux électorats. Mais n’était-ce pas finalement l’objectif de Patrick Buisson, son conseiller électoral en provenance de Minute ?

Dessin de Pancho paru dans le Canard enchaîné du 25 avril 2012
Ironie de l’Histoire, c’est en rendant possible l’élection du président de la République au suffrage universel que Charles De Gaulle a rendu possible le retour des héritiers de Philippe Pétain et Pierre Laval. Ce n’est pas pour rien que le plébiscite était le mode de légitimation du gouvernement privilégié par Napoléon III. La personnalisation du pouvoir a toujours été le péché mignon de la droite de la droite. Et s’il faut concéder du pouvoir au peuple, qu’il se résume alors à l’approbation du guide. Le Référendum imposé dans la constitution de la Ve République par De Gaulle en est la suite logique.

Étonnamment, c’est le Gaulliste Jacques Chirac qui découplera le Référendum du plébiscite. Contrairement aux enseignements du grand Charles, qui s’était retiré du pouvoir après avoir perdu le Référendum de 1969 (peut-être surtout l’occasion après 1968 de prendre acte de sa déconnection des aspirations populaires), l’échec à propos du Référendum de 2005 sur la Constitution européenne n’a pas poussé Chirac à la démission. Mieux, son successeur, idéologique et institutionnel, s’assiéra sur l’expression populaire en faisant approuver par les chambres le traité de Lisbonne, ersatz du précédent. Les Gaullistes ne sont plus ce qu’ils étaient, mais nous avons déjà eu l’occasion de le dire.

Les gesticulations d’entre deux tours, à aller tous azimuts, brouillent encore un peu plus les positionnements politiques. Nicolas Sarkozy est-il l’ultime fossoyeur du Gaullisme ?

Une de l'Humanité du 25 avril 2012

mercredi 18 avril 2012

L'opinion des sondages

un bug incompréhensible fait apparaître des rectangles sur le fil du blog : reportez vous au message lui-même pour le voir correctement.

Quelques considérations sur les sondages, leurs variations et leur influence.

Voici la compilation des sondages concernant Le Pen sur le site du Nouvel Obs ce jour :


Inutile de commenter beaucoup, ça sent le doigt mouillé...

Le 7 février, BVA la donne à 16%, l'IFOP à 20.
Le 15, BVA envisage 15%, quand Harris pronostique 20.
Le 22 mars, BVA est à 13%, quand l'IFOP dit 17,5.
Le 4 avril, le CSA parierait pour 13%, mais pour Harris, c'est plutôt 16.

Bref, 3 à 5 points d'écart pour la même journée.
Quand la marge d'erreur est évaluée en général à moins de 3%, c'est vraiment pas de chance !

Notons aussi que certains instituts sont systématiquement au plus bas (LH2 et BVA), quand d'autres sont systématiquement au plus haut (Harris et IFOP).

L’inexactitude concernant l’évaluation du score de l’extrême droite n’est pas nouveau. En 2002, Le Pen était sous-évalué, en 2007, il était sur-évalué. Une étude sérieuse, après avoir analysé les sondages des scrutins présidentiels précédents, concluait : "Quels que soient les indicateurs utilisés, une seule conclusion peut être tirée de l’analyse des sondages électoraux de l’élection présidentielle de 2007 en France. Il n’y a pas d’amélioration notable dans l’estimation des principaux candidats par rapport à 2002 ; par contre, contrairement à 2002, la répartition droite-gauche est très bien estimée. Par ailleurs, l’estimation du vote Le Pen demeure le talon d’Achille des instituts français. Il y a peu d’indices de changements majeurs dans les méthodes utilisées, les échantillons sous estimant toujours fortement le vote Le Pen déclaré. Par contre, il y a une moins grande homogénéité dans les estimations des sondeurs"

Bah, semble-t-il rien de neuf cette année.

Oui mais la tendance ? La tendance est, elle au moins, juste et concordante.
Quoique.

Prenons l'exemple du vote Mélenchon :



Le grand écart ne se fait entre le 10 avril et aujourd'hui et là, les tendances sont contradictoires, stagnation autour de 14%, hausse à 17 ou baisse à 12.

Avant, cependant, une belle coordination. Toujours des optimistes (CSA, Sofres) et des pessimistes (Opinion way), mais dans un bel élan groupé.

Même si il semble aussi séduire un électorat plus éduqué, Mélenchon subit le même biais, et les candidats communistes avant lui, que Le Pen. L'article de la canadienne Claire Durant auparavant cité notait : "pour les trois instituts pour lesquels nous avons obtenu les informations, la structure de l’échantillon montre qu’il existe une très forte sous représentation des personnes moins scolarisées."



Mais par contre, j'ai un souvenir. Le tournant très remarquable dans les intentions de vote pour Mélenchon date du 7 mars 2012, quand toute la presse a repris l'information du jour : un sondage CSA le donnait à 10%. Libérés, encouragés, dynamisés, je ne sais ce qu'ont ressenti les sondés, mais alors qu'avant la progression se fait point par point, elle explose ensuite.

Les sondages ont donc au moins une opinion. Une opinion qui compte.
D'ailleurs, certains ne s'y sont pas trompés.

Dessin de Pétillon paru dans le Canard enchaîné le 18 avril 2002