dimanche 6 mai 2012

Et le vainqueur est... (v2)

...Kiro pour ses prévisions de début 2010 :

Dessin de Kiro paru dans le Canard enchaîné du 17 mars 2010

vendredi 27 avril 2012

Le ventre fécond

Voici les résultats de l’extrême droite en France depuis qu’existe l’élection présidentielle au suffrage universel.
Les chiffres proviennent pour l’essentiel de la documentation française et pour les données manquantes du site France politique (1974) et du ministère de l’Intérieur (2012).


Les Le Pen, père et fille, ne sont plus à présenter. L’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour était un proche de l’Algérie française, encore fraîche lors de l’élection de 1965, ce qui explique largement son bon score. Bertrand Renouvin était royaliste, Philippe de Villiers, traditionaliste catholique et Bruno Mégret sécessionniste du Front national.

En 1969 et en 1981, l’extrême droite n’a pas eu de candidat. Lors de ce dernier scrutin, la hausse à 500 du nombre de parrainage, doublé de la ruse de Jacques Chirac qui provoque le désistement de dernière minute de 200 soutiens (ce qui explique certainement les antagonismes irréconciliables des deux hommes), empêchent Jean-Marie Le Pen de se présenter.

A première vue depuis 1988, les suffrages d’extrême droite (entre 4,3 et 6,4 millions) et le pourcentage des inscrits (entre 10,5 et 15) connaissent des oscillations modérées et sans tendance générale.

Concentrons-nous sur les seuls candidats du Front national :


Là par contre la tendance est constamment à la hausse, à l’exception de 2007. Le labourage des thèmes de l’extrême droite par le candidat Sarkozy n’a été qu’un siphonage conjoncturel de ses suffrages à la fois en valeur absolue (-1,7 millions) et plus encore en pourcentage des inscrits (- 5 points) à mettre en lien avec une participation beaucoup plus forte. Ça n’a donc bien été qu’un effet d’optique de baisse dans le succès continu des candidats du Front national.

Nul « effet Marine Le Pen » sensible, la progression reprend au même rythme en 2012. Quand il n'a pas de concurrence, leur candidat gagne de 1988 au deuxième tour de 2002, 1.150.000 voix, puis de 2002 à 2012, 900.000 voix : 82.000 voix par an dans la première periode, 90.000 dans la seconde. Cette apparente hausse ne tient pas compte de l'élargissement du corps électoral. En pourcentage des inscrits, de 1988 à 2002, on voit une progression de 0,14/an et dans la seconde, 0,05.

La nouveauté est probablement que les discours ambigus réitérés par Nicolas Sarkozy brouillent la frontière entre les deux électorats. Mais n’était-ce pas finalement l’objectif de Patrick Buisson, son conseiller électoral en provenance de Minute ?

Dessin de Pancho paru dans le Canard enchaîné du 25 avril 2012
Ironie de l’Histoire, c’est en rendant possible l’élection du président de la République au suffrage universel que Charles De Gaulle a rendu possible le retour des héritiers de Philippe Pétain et Pierre Laval. Ce n’est pas pour rien que le plébiscite était le mode de légitimation du gouvernement privilégié par Napoléon III. La personnalisation du pouvoir a toujours été le péché mignon de la droite de la droite. Et s’il faut concéder du pouvoir au peuple, qu’il se résume alors à l’approbation du guide. Le Référendum imposé dans la constitution de la Ve République par De Gaulle en est la suite logique.

Étonnamment, c’est le Gaulliste Jacques Chirac qui découplera le Référendum du plébiscite. Contrairement aux enseignements du grand Charles, qui s’était retiré du pouvoir après avoir perdu le Référendum de 1969 (peut-être surtout l’occasion après 1968 de prendre acte de sa déconnection des aspirations populaires), l’échec à propos du Référendum de 2005 sur la Constitution européenne n’a pas poussé Chirac à la démission. Mieux, son successeur, idéologique et institutionnel, s’assiéra sur l’expression populaire en faisant approuver par les chambres le traité de Lisbonne, ersatz du précédent. Les Gaullistes ne sont plus ce qu’ils étaient, mais nous avons déjà eu l’occasion de le dire.

Les gesticulations d’entre deux tours, à aller tous azimuts, brouillent encore un peu plus les positionnements politiques. Nicolas Sarkozy est-il l’ultime fossoyeur du Gaullisme ?

Une de l'Humanité du 25 avril 2012

lundi 23 avril 2012

Et le vainqueur est...

En attendant les résultats du second tour nous pouvons d'ores et déjà proclamer le vainqueur du premier tour.



J'y ai surligné en rouge les prévisions les plus proches des résultats. Ca n'est pas très glorieux. Seul un sondeur était au plus proche de cinq résultats : TNS Sofres n'était pas très loin des pourcentages effectivement réalisés par Philippe Poutou (à 0,15 points), François Bayrou (à 0,87 points), Nicolas Sarkozy (à 0,18 points), Nicolas Dupont-Aignan (à 0,21 points) et Marine Le Pen (à 0,9 points).

Deux autres instituts proposent trois des résultats les plus proches : l'Ifop a bien estimé les scores de Nathalie Arthaud (à 0,06 points), Philippe Poutou (à 0,15 points) et Nicolas Sarkozy (à 0,18 points) ; Harris n'était pas loin des résultats pour Nathalie Arthaud (à 0,06 points), Jean-Luc Mélenchon (à 0,9 points) et Nicolas Dupont-Aignan (à 0,21 points).

Le CSA détient la cuillère de bois puisque en dehors de Jacques Cheminade que tous ont estimé à 0,25 points près (mais est-ce  vraiment une estimation ou un coup de chance...), il ne s'est approché au plus près d'aucun résultat.

Les plus beaux plantages sont une surestimation de 3,9 points de Jean-Luc Mélenchon par LH2 et une sousestimation d'autant de Marine Le Pen par BVA. Pour ces deux candidats les meilleures approximations sont éloignées de 0,9 points et toutes sont pour l'un trop hautes, et pour l'autre trop basses. De même François Bayrou est toujours surestimé, au minimum de 0,87 points.

Donc à première vue TNS Sofres est le moins mauvais. Affinons un peu.

Si on additionne les marges d'erreur effectuées par chaque institut pour chacun des candidats, BVA a cumulé 11,09 points d'erreur, LH2 10,61, CSA 9,81, Ipsos 9,17, Ifop, 8,23, Opinion way 7,57 et Harris 7,35.

TNS Sofres confirme, avec 6,65 points d'erreurs cumulés tout de même, sa victoire au grand concours des bras cassés. En moyenne chaque candidat est estimé suivant les instituts avec 0,67 à 1,1 points d'erreur. Et le meilleur réussit à donner 1,9 points de trop à Jean-Luc Mélenchon, alors que 1,63 points manquent à François Hollande. Dans le doute, on peut lui accorder le bénéfice de l'hypothèse qu'il s'agisse de transferts de dernière minute.

dimanche 22 avril 2012

Je ne suis pas un numéro (même binaire)

Lu sur le fil du Monde :

Sam :  
Je viens d'aller voter et nous avons utilisé des urnes électroniques. Comment s'assurer de l'intégrité de ces machines ?
dimanche 22 avril 2012 14h13
LeMonde.fr: 
@Sam : "Il est techniquement possible de falsifier les résultats des machines à voter, mais il faut pour cela accéder physiquement à la machine", expliquait avant-hier notre journaliste Damien Leloup dans un article consacré à ce sujet.
Après avoir suscité la polémique en 2007, les machines à voter n'ont quasiment pas provoqué de débat cette année.
dimanche 22 avril 2012 14h15


Et bien c'est bien dommage !

Le problème n'est pas dans la fiabilité et la sincérité du vote, mais dans la confiance que l'électorat lui porte. Si un doute s'installe, les théories complotistes ne manqueront pas de justifier un refus de vote ou une contestation des résultats.

La seule garantie est le dépouillement public et les observateurs des candidats le jour du vote. Profitez de vos droits à être observateur (voire scrutateur, dans mon bureau ils recrutent pour ne pas y passer la nuit).

Et puis, qui ne s'est jamais entendu dire auprès d'un service public qui vous refusait vos droits : "j'y peux rien, c'est la machine" ? Sans même imaginer de manipulation, les bugs existent.

Décidément que de conneries ne fait-on pas pour être à la pointe du progrès !

vendredi 20 avril 2012

Le poids des événements

Dans quelle mesure les événements qui scandent la période électorale influent-ils sur les intentions de votes ?

En reprenant les moyennes mensuelles des six principaux candidats présentés par le site Election politique citoyen (EPOC), se dessinent des courbes moins erratiques, moins précises, mais probablement plus exactes, du moins en terme de tendance. Elles compilent l'ensemble des sondages des six instituts de sondages français et fixent la moyenne mensuelle au quinze du mois.

Aussi, les événements que j'ai fait apparaître ont, suivant leur date de réalisation, pu influer sur la moyenne du mois plus ou moins fortement :
Le discours de Grenoble qui stigmatise la population Rom et l'ensemble des gens du voyage n'a pas eu l'effet escompté pour Nicolas Sarkozy. Ni d'ailleurs l'effet repoussoir que beaucoup de commentateurs ont cru y déceler. Il ne perd qu'un demi point dans l'opération, sauf à envisager que la prise de conscience de la population ait été beaucoup plus lente, eu égard aux vacances scolaires. Sa lente érosion se continue à peu près au même rythme après (attention certains mois sans sondage font apparaître des brisures dans les courbes qui ne correspondent à rien). C'est par contre Marine Le Pen qui semble bénéficier du retour de la thématique xénophobe. C'est le début de sa grande ascension et, hormis un léger recul en novembre elle poursuit sa progression jusqu'en mars 2011. Là, elle est donnée à égalité avec François Hollande et Nicolas Sarkozy, aux environs de 21%.

Le printemps arabe qui court depuis décembre, bien loin d'éloigner les sondés de Marine Le Pen, semble encourager les adhésions à sa vision ostracisante. C'est l'intervention militaire de l'OTAN en Libye qui paraît marquer la rupture. Nicolas Sarkozy inverse la tendance et Marine Le Pen aussi et dans des proportions plus grandes. La tuerie raciste d'Oslo aggrave le mouvement et faire perdre deux points à 15%, mais précède une remontée plus ample très surprenante.

Puis oscillations sans grande portée, jusqu'aux près de 19% de janvier 2012. Suit une érosion constante que n'enraille pas la nouvelle tuerie raciste de Toulouse-Montanban, que tente d'expliquer un discours islamophobe. Dans la période précédant le premier tour, elle serait même presque au plus bas depuis sa prise de contrôle du FN, le 16 janvier 2011. Il est possible qu'il s'agisse d'un effet d'optique et que son électorat soit plus fermement décidé que les autres et depuis plus longtemps. Aussi sa baisse globale pourrait être relative à une prise de position des indécis pour d'autres candidats.

Nicolas Sarkozy est, à l'exclusion des mois d'octobre à décembre 2011, toujours en croissance quand Marine Le Pen est à la baisse et inversement. Après l'échec de la stratégie de Grenoble, son retour en faveur est lié à des positions régaliennes : la guerre en Libye, dont la fin, couplée au 14 juillet, lui fait gagner deux points et demi, puis la focalisation sur la crise grecque, avec G20 et tutti quanti, trois points et demi. Étonnamment, l'aggravation de la crise de la dette en France, rendue visible par la perte du triple A, et en Grèce, par une situation sociale désespérée, lui profite encore. Et ce bien plus que la "suspension de la campagne" consécutive aux deuils de Toulouse et Montauban.

Son rival François Hollande bénéficie avec la sortie de route de Dominique Strauss-Kahn d'une ruée des orphelins qui lui fait gagner 4%. L'approche de la primaire socialiste lui accorde de nouveaux suffrages, que la campagne de ces primaires, combinée à une surexposition médiatique vient conforter. En deux mois il regagne cinq points et demi. C'est cette primaire elle-même qui fait chuter d'un même élan Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, qui reprennent tous deux du terrain perdu les deux mois suivants. En trois mois, doucement, François Hollande perd tous les points gagnés dans le dernier mois de campagne pour les primaires.

Par la suite, il semble autant profiter de la confirmation de la crise que Nicolas Sarkozy, alors que Cassandre, jouée par François Bayrou, qui a beaucoup monté (de 6,6 à 12,9%) de concert avec les angoisses, s'effrite quand elles sont confirmées. La ritournelle de la rigueur, qu'entonne la quasi totalité des candidats, est alors prise à contre-pied par Jean-Luc Mélenchon qui dynamise l'opposition à la pensée dominante. Il crédibilise aussi un volontarisme d'Etat, terrain abandonné par presque tous ses adversaires. Sur les trois derniers mois, il gagnerait cinq points et demi.

La grande surprise vient des écologistes, où Eva Joly ne sera plus jamais aussi haute que lorsqu'elle a été intronisée (de ce point de vue François Hollande fait bien pire, notez). Les changements climatiques,  les suites de l'accident nucléaire de Fukushima, son premier anniversaire, les fuites de gaz gigantesques de la plateforme de Total, rien n'y fait. Une lente chute de septembre à avril l'amène de 7 à 2,5% d'intentions de votes. Eva Joly s'est fait , il est vrai, savonner la planche par tous ses amis supposés et lié les mains par l'accord d'Europe écologie-Les verts avec le Parti Socialiste.


Et bien les résultats sont très contradictoires, mais bien souvent contre-intuitifs. Finalement, les événements qui marquent la campagne ne semblent pas influencer de façon déterminante le choix des électeurs. C'est donc plutôt ailleurs qu'il faut chercher.

Bon tout ça, c'est encore à supposer que ces courbes reflètent des tendances. Rendez-vous dimanche pour le vérifier.

jeudi 19 avril 2012

Liberté d'informer

Ça y est Sarkozy s’y met.

Emboîtant le pas à quelques éditorialistes horrifiés que la Suisse ou la Belgique n’applique pas la loi française, déjà Libération fait le calcul qu’il est rentable d’engranger des visiteurs sur son site quitte à payer une amende de 75.000 . À son tour, Nicolas Sarkozy s’est déclaré favorable sur Europe 1 à ce que l'estimation des résultats des élections puisse être donnée à 18h30.



L'argument imparable de la modernité a toujours été d'une bêtise abyssale, la mode étant faite pour se démoder.

À se demander pourquoi, depuis peu, la loi fait voter les circonscriptions d’Amérique dès le samedi (ce que Sarkozy feint ici d'ignorer, alors que c'était en place pour la première fois lors de son élection en 2007).

Qu’un libéral puisse défendre une telle idée montre une fois encore combien, en réalité, son idéologie tient plus du gloubiboulga plutôt que d’un ensemble cohérent.

L’un des prérequis de la théorie libérale est l’égalité face à l’information, c’est ce qui justifie l’existence, en matière économique, du délit d’initié.

Aussi si tous pouvaient avoir une heure et demi avant la fin du scrutin des informations de tendance, rien, de ce point de vue, à redire. Mais pourquoi quelques urbains et habitants de région parisienne ont-ils le loisir de décider de leur vote après avoir pris connaissance de celui de leurs concitoyens ?

Reconnaissons à Eva Joly d’avoir défendu ce principe.


D’ailleurs, ce problème ne se pose pas qu’aux élections. Que Nicolas Sarkozy ait abusé de sondage ces dernières années pour  prendre des positions électoralistes à partir de tel ou tel segment de la population est un problème en soi. Surtout quand il fait fuiter dans le Figaro les résultats qui le servent.

Pourquoi le résultat de toute enquête politique n’est-il pas public ? Ne sommes-nous pas les premiers concernés ?

Quant à la question des sondages sortie des urnes, on pourrait très bien sanctionner plutôt l’institut-dealer, ou même interdire la tenue de tels sondages avant 19h30.